La disparition de leur habitat: la forêt sèche épineuse

Les forêts d’épineux subissent plusieurs pressions dues aux activités humaines.

La culture sur brûlis du maïs et du manioc pour la consommation familiale compte parmi les premières causes de défrichement. Cette menace est exacerbée par la demande en maïs exporté vers les îles de la Réunion et de Maurice ainsi que l ’expansion des cultures de rente de maïs, coton, tabac et de sisal. En aval, l’effet néfaste de ces cultures est accentué par la pratique de la culture itinérante sur brûlis (ou hatsake), surtout pour le maïs, alors qu’en amont l’ouverture de marchés pour les produits vivriers encourage leur expansion.

Au niveau local, le recours à la culture itinérante sur brûlis est renforcé par l’absence de techniques productives appropriées pour valoriser les anciens champs qui sont abandonnés au bout de deux ans pour de nouvelles zones forestières. Le fait que cette culture nécessite peu d’intrants, l’existence de marchés régionaux et les pratiques des collecteurs ont encouragé l’expansion du maïs, qui devient ainsi l’un des principaux moyens de survie des populations rurales. En s’enfonçant dans la forêt à la recherche de nouvelles terres de culture, les populations rurales s’éloignent des communautés et services existants, exacerbant ainsi la pauvreté rurale et s’aliénant la capacité de participer effectivement à l’économie locale.

Au niveau régional, l’expansion des cultures de rente se fait souvent au détriment des dina (lois locales) et autres règles et lois régissant le défrichement. Le manque de ressources des institutions régionales responsables du contrôle forestier a facilité les défrichements illicites d’une grande partie des forêts naturelles de la région.

Enfin, les facteurs nationaux et internationaux, souvent hors de contrôle des utilisateurs directs des ressources, ont largement influencé l’état des ressources naturelles de la région. L’absence de considération des impacts environnementaux des investissements et activités agricoles a favorisé l’expansion des cultures de sisal, coton, tabac et maïs au détriment des habitats naturels.
Le défrichement est également lié à la production de charbon de bois pour les habitants de la ville de Toliara, Betioky, Ejeda, Ampanihy et Fort-Dauphin. Ces mêmes populations consomment d’importantes quantités de bois de construction et de bois de chauffe prélevés de la forêt naturelle.

Les feux de brousse constituent également une menace importante, notamment les feux de pâturage, auxquels viennent s’ajouter les dégâts causés par la divagation des zébus dans les zones d’élevage extensif autour du plateau Mahafaly.

Enfin les menaces biologiques sont également importantes : dans certaines zones entre Ampanihy et Ambosohary, les forêts sont pratiquement asphyxiées par les espèces envahissantes, surtout la raketa mena (Puntia stricta).

 

Le trafic

Avec la destruction de leur habitat, le trafic est la principale menace pesant sur la survie de ces espèces. Le ramassage est destiné à deux catégories de consommateurs :

  • les populations locales. Les tortues sont en effet reconnues comme un met recherché notamment pour les événements ou les fêtes. Dans les grandes villes, il est également courant de posséder une tortue dans son jardin comme animal domestique 
  • Les collectionneurs étrangers. En raison de la beauté de leur carapace et de leur rareté, de nombreux collectionneurs peu scrupuleux acquièrent aujourd’hui ces tortues. En Europe, une Geochelone radiata subadulte peut être revendue jusqu’à 1500 euros et aux Etats-Unis, 10 000 dollars (Ringaud, 1999)
Les principaux consommateurs de tortues sont les habitants de Tuléar qui sont ravitaillés par des piroguiers et les habitants de la région de Tanosy qui collectent les tortues pour leur consommation.
Un article publié en 2003 (O’Brien & Co) a montré qu’environ 45 000 individus étaient collectés dans leur milieu naturel, chaque année.  Troisième trafic de faune protégée le plus important dans le monde, ce commerce illicite aurait atteint 7 millions de dollars au bas mot depuis 1999.
Quelques dates :

9 mai 1999 : 206 tortues et 31 serpents ont été saisis par les douaniers de l’aéroport de Roissy sur un vol en provenance d’Antananarivo. 200 autres tortues ont été interceptées le même jour à l’aéroport d’orly.
2002 : plus d’un millier de tortues radiées ont été découvertes sur un bateau de pêche rentrant à la réunion.
Octobre 2003 : Deux ressortissants étrangers ont été appréhendés en possession de 197 tortues radiées devant être expédiées sur la réunion.
Décembre 2003 : Une cargaison de 70 tortues radiées a été saisie à Ambalavao pour être acheminée vers Toliara.
Janvier 2004 : 19 serpents et 74 tortues ont été découverts à Prague, transportés par un tchèque.
Novembre 2004 : Plus de deux tonnes de viande de tortue fumée, 50 kg de foie de tortues fumées et 214 tortues radiées ont été saisies.
Février 2005 : trois militaires malgaches en stage de formation à la Réunion à bord d’un Transall de l’armée française ont été arrêtés à la base aérienne de Rolland-Garros.
Avril 2005 : Cinq braconniers ont été saisis par la gendarmerie nationale à Itampolo avec 125 tortues radiées.

 

La perte de l'influence des croyances

En raison de l’abandon progressif des coutumes et de l’arrivée de populations extérieures ne pratiquant pas les interdits sur les tortues,Sokake et Kapila bénéficient de moins en moins de l’effet protecteur des fady (voir les croyances).