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La vie de tous les jours à Madagascar est régie par de nombreux fady ( tabous ) qui varient d'une région à l'autre. Les interdits peuvent porter sur des aliments, le port d'habits d'une couleur particulière, la baignade dans une rivière ou un lac...
Ces fady sont attribués aux ancêtres, auxquels les malgaches vouent un culte respectueux quelque soit leur religion. Enfreindre un fady équivaut ainsi à se rendre coupable envers les ancêtres.
La population de la région Sud-ouest de Madagascar est composée de plusieurs ethnies parmi lesquelles les Mahafaly et les Tandroy pour lesquelles Sokapila et Kapila sont fady.Par exemple, quand un Mahafaly croise à une tortue sur son passage, il coupe une feuille ou une tige et la pose sur la carapace de la tortue et effectue un vœu de bonheur : « mba hisokake lahe ty haveloma, ou ty hahavelo »...
Si on consulte des personnes âgées, ils diront que des mauvais actes envers les tortues portent malheur à ceux qui les accomplissent. Ces fady jouent ainsi un rôle très important pour la conservation des tortues car ils empêchent leur collecte et leur consommation par une partie de la population.
Mais la tortue est aussi un plat très apprécié par beaucoup d’autres ethnies, comme les Vezo ou les Tanosy en milieu rural et la quasi totalité des ethnies non originaires du Sud dans les villes. On croit également que cet animal a une vertu qui protège les gens contre l’asthme, la coqueluche et les volailles contre les pestes…croyances qui amènent beaucoup de personnes à acquérir une tortue.
Les représentations attachées à Sokake et Kapila sont ainsi bien diféfrentes selon les ethnies... Il y a celles qui la craignent, celles qui la vénèrent, celles qui la mangent.. Une chose est sûre, elles ne laissent personne indifférent!
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L'origine du fady tortue au travers de quelques contes
"Autrefois, on ne vivait pas d’agriculture, mais de chasse et de cueillette . Deux garçons, l’un d’origine Tandroy et l’autre Tanosy, allèrent dans la forêt et avaient fait un concours : à celui qui trouverait le plus de gibier!
Chacun ramena une tortue et alla faire cuire le butin.
Le Tandroy avait plongé directement la tortue sans l’avoir découpée au préalable et la marmite se brisa La marmite avait un sens profond. Si une personne prestigieuse cassait sa marmite ou l’abîmait, c’est un événement prémonitoire : il y aura un malheur, le déshonneur frappe la famille.
La maisonnée du Tandroy fut ainsi frappée de déshonneur. Il recommanda alors à ses arrières-petits enfants de ne pas manger de tortue.
Le Tanosy qui avait réussi à faire cuire la tortue sans casser sa marmite ne cessait pas de se moquer du Tandroy qui a cassé sa marmite.
C’est ainsi l’origine de l’interdit de manger de la tortue chez les Tandroy et également de la parenté à plaisanterie ou fiziva entre Tandroy et Tanosy." |
"Il était une fois un roi. Un de ses fils mourut. Il ne voulait pas l’enterrer tant il était beau. La loi de la société exigeait qu’on l’enterra, on l’enterra alors non loin de là, à l’ouest du village.
Il y avait des forêts de rohondrogne. Le roi avait beaucoup d’esclaves dont les uns étaient bouviers les autres gardiens de chèvres, de moutons et de veaux lorsqu’ils étaient déjà séparés de leurs mères.
Ces buissons étaient si épais que l’on arrivait à y cacher ce que l’on voulait, que ce soit un cadavre, les excréments des bœufs volés, les excréments des moutons volés.
Sous ces buissons se trouvaient deux tortues, l’une mâle, l’autre femelle et elles faisaient du bruit « ki ko ko ta, ki ko ko ta, ki ko ko ta » en faisant l’amour.
Entendant ce bruit, un esclave fut très étonné et pensait que c’était le fils défunt du roi qui était ressuscité et jouait du tambour pour le ringa ou lutte qu’il aimait et il l’entendait non loin du tombeau. Il fuit en courant et ses amis vinrent à sa rencontre et il leur raconta ce qu’il avait entendu. Ils allèrent tous les trois vérifier les dires de leur ami. Ils étaient avec celui-ci . Ils entendirent en effet ce que le premier avait entendu ; ils allèrent en aviser le roi.
Ils allèrent, avec tout le village, au tombeau du jeune prince. Ils épièrent, prêtèrent l’oreille et entendirent le bruit que faisaient les tortues et décidèrent d’ouvrir le tombeau. Ils tuèrent trente bœufs avant de s’exécuter. Ils ouvrirent la tombe et le corps inanimé du Prince était toujours là. Qu’est-ce qui a donc pu provoquer ce bruit ?
Ils dégagèrent les buissons de rohondrogne et découvrirent les deux tortues et que c’étaient elles qui faisaient tant de bruit lorsqu’elles faisaient l’amour. Mais personne ne savait comment elles se nommaient. A partir de ce jour-là, le roi donna le nom de sokake parce qu’elles lui avaient fait ouvrir le cercueil de son fils défunt. C’est la première recommandation, la deuxième, s’adressant à sa descendance, interdisait la consommation de la tortue si l’on veut avoir un bel avenir. Celui qui en mangerait, mangerait son fils. La troisième recommandation étant : si on rencontre une tortue sur son chemin, c’est mon fils qu’on rencontre ; Il faut alors prendre une feuille fraîche et la poser sur sa carapace, afin qu’elle nous protège et apporte réussite et succès." |
"Un mari polygame ramena à sa première femme la seule chose qu’il put trouver pour affronter cette famine qui ne cessait de frapper chaque année, l’Androy : une tortue !
Il recommanda à sa première femme de la partager entre la famille de la seconde femme et la famille de la troisième femme parce que ces dernières avaient toutes les deux des enfants.
Le mari fit part de la nouvelle à ses deux autres femmes et que le partage se fera chez la première épouse.
Ayant appris la nouvelle, les deux seconde et troisième épouses allèrent alors chez leur aînée. Celle-ci nia les faits. Quand elle vit arriver ses deux rivales, elle s’assit sur la tortue et la recouvrit à l’aide des habits qu’elle portait. Les deuxième et troisième femmes insistaient mais en vain. La première femme leur dit d’aller voir leur époux qui était à l’origine de tout cela et qui, certainement, savait où il avait mis la tortue. Il arriva. Tous les enfants et toutes les épouses étaient réunis là avec tout le village, car le mari était en colère. La première femme maintenait toujours qu’elle n’avait rien de tel.
La tête de la tortue monta et mordit le sexe de la vieille femme. Celle-ci niait toujours.
Et la dispute s’envenimait. La première femme allégua qu’elle était malade et demanda à toute l’assistance de déguerpir, de s’éparpiller à la recherche de la bête. Le mari contra ce souhait, certain qu’elle avait la tortue avec elle.
Elle voulait se lever, mais ne le pouvait pas tant la chose lui faisait mal. Elle restait assise. Le mari vint lui administrer une gifle. La bête collait derrière et la vieille tomba évanouie. On découvrit alors la tortue, elle était assise dessus. La bête lui faisait l’amour. Les rivales de la première femme, la population, la société assistaient au spectacle ; C’était le déshonneur pour la première épouse.
Le mari recommandé à tous de ne pas manger la tortue, car elle l’a déshonoré en la personne de sa première épouse et en présence de beaucoup de gens. Celui qui en mangera sera un raté." |
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